Juste Humains – Des murs …

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Il est sept heures nous déjeunons. Il faut partir à 8 heures pour un rendez-vous à 9h à l’école évangélique de Ramallah. La capitale de l’Autorité Palestinienne n’est  qu’à 11 km de Jérusalem mais, il faut tenir compte de l’attente au check point à l’entrée de la ville. Ce contrôle de sécurité avec mirador et  barrière de sécurité  est le reflet de la partition de la Cisjordanie comme nous l’appelons communément ici, en zones A, B et C. C’est le résultat des accords d’Oslo. La situation devait être transitoire avant la création d’un véritable Etat Palestinien.  En principe, l’Autorité Palestinienne est seule souveraine dans la zone A. Des panneaux rouges signalent d’ailleurs  que l’entrée est interdite  aux ressortissants israéliens que leur Etat leur interdit de se rendre dans cette zone. Alors pourquoi croisons-nous autant de véhicules immatriculés en Palestine ? C’est notre chauffeur Boaz qui nous l’explique quelques mètres plus loin. En dépit de l’interdiction, de nombreux arabes israéliens viennent en Palestine, acheter moins chers des produits de consommation courante et des biens d’équipement.

A Ramallah, tout le monde n’y a pas accès loin de là.  Le paysage fait de routes défoncées et d’installations précaires le fait comprendre rapidement.  Notre chauffeur demande sa route à des jeunes désœuvrés qui trouvent là l’occasion de tromper leur ennui. Pour survivre, certains vendent de quoi manger ou de menus objets. Il a plus de chance le tout jeune policier en uniforme mais sans arme qui nous indique le chemin un peu plus loin. Il travaille pour l’Etat et son salaire est presque garanti.

Après un détour qui nous fait passer la Mouqata’a, le siège de l’Autorité Palestinienne, nous finissons par arriver devant l’école. Nous sommes accueillis chaleureusement par Monsieur Najeh Abu Shamsiyeh.  Il nous  présente immédiatement les élèves qui composent le conseil de l’école. Apres nous avoir présente l’établissement reconstruit là après un bombardement et étendu  en 2004, nous sommes invités  à commencer la visite. Au bas de l escalier, il faut laisser passer les plus petits qui rentrent d’un cours de gym. Nous montons à l’étage histoire d’apercevoir la salle des professeurs et de saluer Monsieur Rafidi, le directeur de l’école. Nous entrons ensuite dans deux classes de petits âgés de 5 à 7 ans. Ils nous accueillent par des chants en français préparés par les professeurs. « Trop mignons » s’écrient nos élèves mirandais.

Nous accédons ensuite à la bibliothèque. Nous nous installons  dans une salle attenante pour discuter.  Reen, Hazar, Rita et Sadeen  nous expliquent leur rôle au sein du conseil de l’école. Rita, la jeune présidente du Conseil a une histoire particulière. Son père a été emprisonné en Israël avant qu’elle ne naisse. Maintenant qu’elle vient d’avoir 16 ans, elle ne peut plus lui rendre visite en captivité.  Avec ses camarades, elle a de nombreuses responsabilités dans l’école. Elle s’occupe des plus petits et  anime des camps d’été où ils apprennent à faire de l’art et à fabriquer plein de choses. Ensemble, ils nous expliquent ensuite leur quotidien. Même s’ils sont conscients de vivre comme dans une bulle dans cet établissement, ils comparent leur environnement à une prison. Ils ne peuvent circuler comme ils le souhaitent.  Certains n’ont jamais vu la mer. Hazar insiste : les Israliens font des incursions régulières dans Ramallah et molestent de jeunes Palestiniens.  Emma leur pose ensuite la question de savoir si la paix leur semble possible.  Ils estiment que non, que dans les conditions actuelles, elle ne profite qu’à Israël. Laszlo leur demande alors ce qu’ils pensent de la solution à deux Etats. Rita répond à titre personnel qu’elle n’est pas envisageable.  On leur demande quelle question ils aimeraient poser aux jeunes israéliens. Ils hésitent longuement. Alors Rita s’avance et propose : « Est-ce qu’ils connaissent notre situation ? »

Le temps de faire quelques photos et de se dire adieu, l’un des adultes du groupe m’explique que lui qui a connu l’espoir suscité par les accords d’Oslo, a le sentiment que les générations d’aujourd’hui, de part et d’autre du mur, prennent  des chemins divergeants.

Cela est-il vrai ? Nous aurons l’occasion de le vérifier plus tard dans la journée.

Pour se rendre en Galilée au nord d’Israël, il est possible de passer par la vallée du Jourdain. Pour  retrouver la route 90 qui la longe du sud au nord, nous prenons vers l’est en direction des abords de Jéricho, la plus vieille ville du monde. Là, dans le désert, à – 350 mètres sous le niveau de la mer, nous faisons une pause repas. Certaines en profitent pour faire du dromadaire. Mais il faut faire vite. Nous sommes en retard.

Le long de la route, s’égrène le chapelet des villages palestiniens et israéliens. On comprend rapidement comment distinguer ces derniers. Ils sont cernés par un dispositif de chemins de ronde et de barbelés. Le drapeau frappé du bouclier de David est là pour exprimer ce que pense la majorité de ceux qui y vivent : ce territoire fait partie d’Eretz Israël promis par Dieu au peuple juif. A leurs yeux, ces villages sont des implantations. Pour les Palestiniens, ce sont des colonies. Les premiers vivent en Judée-Samarie les autres se disent en Palestine. Cisjordanie est la désignation francophone de ce que les anglo-saxons appellent  West Bank. Le moins que l’on puisse dire c’est que ces territoires sont disputés. Pour l’ONU et les Palestiniens, ils sont tout simplement occupés. Nous sommes en zone C, contrôlée exclusivement par Israël.

Nous devons pourtant nous soumettre à un contrôle pour entrer en Galilée.  Quelques minutes de route plus loin, nous arrivons à Beit Yerah.  Là nous sommes accueillis par M. Altbauer et ses élèves. Ils sortent de bac blanc en Histoire. Ca tombe bien.  Ils nous ont préparé un magnifique goûter mais ils n’ont pas beaucoup de temps car, comme à Mirande,  ils ont des bus à prendre à la fin de la journée. Divisés en deux groupes nous sommes confiés aux élèves qui nous font visiter le complexe. Nous découvrons une école paradisiaque avec installations sportives de premier plan et plage privée. Mais nous sommes vite ramènes à la réalité. L’un des garçons demande à quoi correspond le petit  bâtiment  en béton au milieu de la cour. Notre jeune guide ne se fait pas prier et tire une clé de sous une roche. D’un air complice,  elle nous fait signe de ne pas trahir ce secret. Nous pénétrons alors dans un abri anti-bombardement. La petite cahute n’est que le sommet d’une installation conséquente où il est possible de se réfugier en cas d’alerte. En réalité, le plus souvent, on y fait de l’art plastique avec du matériel de récupération. En sortant de l’abri, nous apercevons dans le lointain, le plateau du Golan annexé par Israël en 1967 et revendiqué par la Syrie.  On comprend mieux le sentiment d’insécurité dans lequel ces enfants peuvent vivre. On parle à ce sujet de complexe de Massada. Ce sentiment d’être prisonnier, assiégé, cerné par de nombreux ennemis.  Voila qui peut expliquer  le long silence qui précède les timides réponses à la question posée par les jeunes palestiniens quelques heures plus tôt : « ce qu’on sait de leur situation nous le savons par la télévision», « comme si comme ça » (en français dans le texte). C’est le moment de se quitter après avoir pris le temps de distribuer nos cadeaux.

Nous partons avec le sentiment que ces jeunes ne se connaissent pas alors qu’ils se ressemblent tant.  C’est désespérant mais nous aurions été naïfs de croire le contraire. Nous ruminons nos doutes sur les bords du lac. En cette fin de journée de janvier, la ville a le charme désuet mais sincère d’une station balnéaire assoupie.  

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